Myriophyllum aquaticum : le reconnaître et s’en passer au bassin
Mis à jour le 08/10/2026 par Damien Aubert
Le myriophyllum aquaticum, ou myriophylle du Brésil, est une plante aquatique ornementale originaire d’Amérique du Sud. Elle est aujourd’hui classée espèce exotique envahissante au titre de la réglementation européenne, détaillée plus bas : on ne doit plus l’acheter, la planter, la transporter ni la céder. Si vous en avez déjà dans votre bassin, ne la jetez surtout pas dans la nature. Ce guide explique comment l’identifier, pourquoi elle pose problème, comment la retirer proprement et par quoi la remplacer pour garder une eau claire.
Sommaire
- Qu’est-ce que le myriophyllum aquaticum ?
- Pourquoi le myriophyllum aquaticum est-il interdit ?
- Comment reconnaître le myriophyllum aquaticum ?
- Comment se débarrasser du myriophyllum aquaticum dans un bassin ?
- Quelles plantes choisir à la place du myriophyllum aquaticum ?
- Que faire concrètement selon votre situation ?
- Questions fréquentes

Qu’est-ce que le myriophyllum aquaticum ?
Le myriophyllum aquaticum est une plante vivace amphibie, rattachée selon la fiche de référence à la famille des Haloragacées, aussi appelée « plume de perroquet » ou « myriophylle aquatique ». Elle vit enracinée dans la vase, avec des tiges qui peuvent ramper sous l’eau puis se dresser au-dessus de la surface.
Sa description botanique est simple à retenir :
- des tiges immergées et émergées, les secondes dressées comme de petits sapins miniatures ;
- des feuilles verticillées (disposées en couronnes autour de la tige), finement découpées en lanières, d’un vert vif à bleuté ;
- une croissance rapide dès que l’eau se réchauffe, au printemps et en été.
Pour les bassinistes, son attrait est facile à comprendre. Elle est décorative, elle absorbe des nutriments et elle fait de l’ombre à l’eau. C’est exactement ce qui l’a fait vendre pendant longtemps en jardinerie. Pour une fiche botanique de référence, vous pouvez consulter la page Myriophyllum aquaticum sur Wikipédia.
Un point de vocabulaire utile : on parle d’espèce « envahissante » non pas parce qu’elle est dangereuse pour vous, mais parce qu’elle colonise les milieux naturels au détriment de la flore locale. Sur un bassin fermé, elle reste gérable. Le problème apparaît dès qu’un fragment s’échappe.
Pourquoi le myriophyllum aquaticum est-il interdit ?
Le myriophyllum aquaticum est interdit parce qu’il figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Cette liste est établie en application du règlement (UE) n° 1143/2014 et a été fixée par le règlement d’exécution (UE) 2016/1141. Ce cadre interdit notamment l’importation, la détention, la culture, le transport, la vente, l’échange et le rejet dans l’environnement des espèces listées. Pour les modalités applicables en France, rapprochez-vous de votre direction départementale des territoires (DDT).
La raison écologique tient à son mode de dispersion. En Europe, la plante se multiplie surtout par fragments de tiges, qui bouturent très facilement. Un morceau arraché, emporté par un courant ou jeté avec des déchets de jardin près d’un fossé peut suffire à fonder une nouvelle colonie.
Une fois installée dans un cours d’eau lent, un étang ou un canal, elle forme des herbiers denses. Les conséquences sont bien documentées par les gestionnaires de milieux aquatiques :
- elle étouffe les plantes indigènes en captant la lumière ;
- elle ralentit l’écoulement de l’eau et gêne la navigation ou la pêche ;
- elle peut modifier l’oxygénation de l’eau sous les herbiers très denses ;
- son arrachage coûte cher et demande des opérations répétées.
Aucun chiffre de coût au mètre carré n’est donné ici : il varie fortement selon les sites et les techniques, et mieux vaut ne pas en inventer. Retenez surtout que la prévention est bien moins coûteuse que la lutte, ce qui explique le durcissement de la réglementation.
Pour vous, particulier, l’enjeu pratique est clair : même si la plante est déjà dans votre bassin, vous ne devez ni la revendre, ni la donner à un voisin, ni la déposer dans un milieu naturel.

Comment reconnaître le myriophyllum aquaticum ?
On reconnaît le myriophyllum aquaticum à ses tiges dressées hors de l’eau, couvertes de feuilles plumeuses disposées en verticilles, et à son vert franc, souvent un peu bleuté. Aucune autre plante de bassin courante n’offre ce port de « plume » dressée en dehors de la surface.
Le piège, c’est la confusion avec d’autres plantes aux feuilles finement découpées. Voici un tableau de repérage rapide, à confirmer avec une flore ou un botaniste en cas de doute.
| Plante | Port | Feuilles | Statut en bassin |
|---|---|---|---|
| Myriophyllum aquaticum | Tiges émergées dressées, très fournies | Plumeuses, en verticilles, vert vif à bleuté | Espèce envahissante, interdite |
| Myriophyllum spicatum (myriophylle en épi) | Entièrement immergé, épi floral discret | Fines, en verticilles | Plante présente naturellement en Europe, mais pouvant proliférer |
| Cératophylle (Ceratophyllum demersum) | Flottant entre deux eaux, sans racines | Fourchues, raides, vert foncé | Oxygénante courante, non interdite |
| Hottonia palustris (hottonie des marais) | Rosette immergée, fleurs émergées | Pennées, vert clair | Plante indigène, statut de protection à vérifier selon votre région |
Ne vous fiez pas à la seule couleur : une plante peut avoir l’air identique au stade immergé. Le critère le plus sûr reste la présence de tiges émergées dressées, surtout en été.
Le diagnostic
Vous trouvez une plante plumeuse que vous ne reconnaissez pas ? Commencez par la photographier avec ses parties émergées et immergées. Comparez-la à une flore, puis demandez confirmation à un conservatoire botanique, à une association de protection de la nature ou à la DDT. Tant que le doute subsiste, traitez la plante comme potentiellement envahissante : ne la compostez pas et ne la jetez pas dans le milieu naturel.
Comment se débarrasser du myriophyllum aquaticum dans un bassin ?
La méthode la plus sûre pour retirer le myriophyllum aquaticum d’un bassin est l’arrachage manuel complet, racines comprises, puis l’élimination des déchets hors de portée de l’eau. Il n’existe pas de recette miracle, et il vaut mieux éviter tout produit chimique dans un bassin avec poissons.
Voici une démarche en trois temps.
1. Préparer le chantier. Placez une bâche ou un grand seau à côté du bassin pour recueillir chaque fragment. Si vous avez une épuisette fine, gardez-la sous la main : la moindre bouture oubliée repart.
2. Arracher avec méthode. Tirez doucement la tige vers vous en suivant le stolon jusqu’à la racine, plutôt que de couper la plante en morceaux. Si le bassin est petit, vous pouvez le vider partiellement pour accéder à la vase et aux racines. Repassez à l’épuisette après chaque séance pour récupérer les fragments flottants.
3. Éliminer sans disperser. Faites sécher les déchets au soleil sur une bâche, hors de tout écoulement vers un fossé ou un ruisseau. Les consignes d’élimination des plantes invasives varient selon les collectivités : renseignez-vous auprès de la vôtre. À défaut de consigne contraire, la solution la plus prudente consiste à les mettre en sac fermé dans les ordures ménagères une fois secs. Évitez le compost ouvert et les déchetteries de végétaux si vous n’avez pas la certitude d’un traitement thermique adapté.
Prévoyez de recommencer une fois par semaine pendant plusieurs semaines. Une repousse en fin de saison est fréquente, et c’est normal : la plante repart de la moindre portion de tige ou de racine oubliée.
Le geste de saison : printemps
C’est le meilleur moment pour agir. La plante redémarre et les tiges sont encore courtes, donc plus faciles à extraire. Un arrachage complet à ce stade, suivi de contrôles hebdomadaires, évite d’avoir à lutter contre un herbier installé en plein été.
Un cas particulier mérite attention : si le bassin est relié à un fossé, une mare ou un cours d’eau, ou s’il déborde en cas de fortes pluies, signalez la présence de la plante à la collectivité ou à la DDT avant d’intervenir. Un fragment parti en aval peut devenir un problème pour tout le voisinage.
Quelles plantes choisir à la place du myriophyllum aquaticum ?
La meilleure alternative au myriophyllum aquaticum est un trio de plantes oxygénantes non invasives, de plantes de berge et de plantes flottantes à feuilles larges, qui assurent ensemble le rôle d’absorption des nutriments. Une seule plante ne remplace pas l’autre : c’est l’ensemble qui concurrence les algues.
Pourquoi ce choix ? Les algues et les cyanobactéries prospèrent quand les nitrates et phosphates sont disponibles et que la lumière frappe directement l’eau. Les plantes remplissent donc deux fonctions : consommer ces nutriments et ombrager la surface.
Voici quelques familles à envisager, à vérifier selon votre région et la profondeur de votre bassin :
- Oxygénantes immergées : cératophylle, potamot, callitriche. Ce sont des plantes de service, discrètes, qui travaillent toute l’année. Contrôlez malgré tout l’espèce exacte avant l’achat : plusieurs plantes aquatiques exotiques vendues en jardinerie sont devenues envahissantes, et la liste évolue. En cas de doute, demandez le nom latin au vendeur et comparez-le à la liste réglementaire.
- Plantes à feuilles flottantes : nénuphars, petit nénuphar jaune, Potamogeton natans. Leurs feuilles couvrent une partie de la surface et limitent la lumière disponible pour les algues. Visez une couverture partielle de la surface plutôt qu’un bassin entièrement recouvert, afin de laisser passer la lumière et les échanges gazeux.
- Plantes de berge et de zone humide : iris des marais, populage, menthe aquatique, cresson, joncs. Leurs racines baignent dans l’eau et absorbent les nutriments en continu.
Côté budget, les espèces courantes restent en général abordables, les nénuphars de variétés rares étant plus chers. Comparez les prix chez plusieurs revendeurs spécialisés avant d’acheter.
Une plante végétalisée ne remplace pas une bonne filtration. Si l’eau reste verte malgré un bassin bien planté, regardez d’abord le dimensionnement de votre filtre et la charge en poissons : vous trouverez les repères sur nocyano.fr, notamment dans les ressources consacrées à l’équilibre de l’eau et à la filtration d’un bassin de jardin.
Que faire concrètement selon votre situation ?
Votre action dépend de ce que vous avez réellement dans le bassin. Voici trois cas génériques, présentés comme des exemples et non comme des retours d’expérience.
Cas 1 : vous venez d’acheter une plante étiquetée « myriophylle ». Imaginons un petit bassin de 3 m² planté il y a quelques semaines. Vérifiez l’étiquette et le nom latin. Si c’est bien le myriophyllum aquaticum, retirez-le sans attendre, c’est encore facile à ce stade. Si c’est une autre espèce, comparez avec le tableau plus haut.
Cas 2 : la plante est installée depuis des années. Imaginons un bassin où les tiges ont envahi la moitié de la surface. Prévoyez un arrachage en plusieurs séances, éventuellement un vidage partiel, et un contrôle toutes les semaines. Ne cherchez pas à tout faire en une fois : le but est de ne laisser aucun fragment.
Cas 3 : le bassin communique avec le milieu naturel. Imaginons un étang qui déborde dans un fossé. Contactez la DDT ou le gestionnaire du cours d’eau avant d’intervenir, car il y a un risque de dissémination en aval.
Dans les trois cas, une fois la plante retirée, replantez rapidement avec des espèces non invasives. Un bassin vide de végétation laisse la place aux algues filamenteuses, que vous cherchiez justement à éviter.
Le geste de saison : automne
Avant la chute des feuilles, faites un dernier contrôle pour repérer d’éventuelles repousses de myriophyllum aquaticum, puis posez un filet au-dessus du bassin. Retirer les feuilles mortes évite l’apport de matière organique qui alimente les algues au printemps suivant.
Questions fréquentes
Q: Est-il légal de garder du myriophyllum aquaticum dans mon bassin ?
R: Le règlement européen n° 1143/2014 interdit la détention, la culture, le transport et la vente des espèces de la liste de l’Union, dont le myriophyllum aquaticum figure parmi les espèces listées. Les modalités pratiques pour les particuliers peuvent varier : renseignez-vous auprès de votre direction départementale des territoires. Dans tous les cas, ne le replantez pas et ne le cédez pas.
Q: Puis-je composter le myriophyllum aquaticum arraché ?
R: Mieux vaut l’éviter. Un simple fragment peut reprendre. Faites sécher les déchets sur une bâche au soleil, loin de tout écoulement, puis suivez la consigne de votre collectivité ; à défaut, le sac fermé dans les ordures ménagères est l’option la plus prudente.
Q: Le myriophyllum aquaticum est-il dangereux pour mes poissons ?
R: Il n’est pas connu comme une plante toxique : son problème principal est écologique. Sa densité excessive peut en revanche gêner la circulation de l’eau et la nage des poissons, et une masse végétale très dense qui se décompose peut appauvrir l’eau en oxygène.
Q: Comment distinguer le myriophyllum aquaticum du myriophylle en épi ?
R: Le critère le plus fiable est la présence de tiges émergées dressées, très plumeuses, chez le myriophyllum aquaticum. Le myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum) reste surtout immergé. En cas de doute, faites confirmer l’identification par un botaniste ou un conservatoire.
Q: Par quelle plante remplacer le myriophyllum aquaticum pour avoir une eau claire ?
R: Associez des oxygénantes non invasives, des plantes à feuilles flottantes et des plantes de berge. Ensemble, elles consomment les nutriments et ombragent l’eau, ce qui limite les algues. Elles ne remplacent pas une filtration correctement dimensionnée.
Q: Combien de temps faut-il pour éliminer complètement la plante ?
R: Cela dépend de l’ancienneté de l’installation. Comptez plusieurs semaines de contrôles hebdomadaires, voire une saison entière pour un herbier ancien. Toute repousse doit être arrachée tout de suite.
Damien Aubert — Paysagiste aquatique et passionné de bassins de jardin, Angers. Aider les particuliers à concevoir, équilibrer et entretenir un bassin sain — eau claire, poissons en forme, algues sous contrôle — par des méthodes concrètes et durables.
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